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mardi 27 avril 2004mardi 27 avril 2004

Peut-on faire des camisoles de force en LEN ?

Le Glazbloger nous dit que Jean Dionis est un député liberticide. Je me soumettrais une fois de plus à mon ami le TLF, en cette période où on entend très régulièrement "c'est p't'être pas les bons mots, mais vous me comprenez" : dans ces cas là je ne comprends en général pas ce que veut me dire mon interlocuteur, et j'ai 3 ou 4 propositions de sens, à mon sens équiprobable, à proposer. Revenons en au député liberticide :

Député
B.2. Dans les régimes parlementaires, personne élue pour représenter le peuple à la seconde assemblée législative.
Liberticide
Qui porte atteinte à la liberté, aux libertés.

Et dans le Dictionnaire de l'Académie Française :

Liberticide
Composé à l'aide de liberté et de l'élément -cide, tiré du latin caedere, «tuer». Qui détruit ou tend à détruire la liberté, les libertés. Une loi liberticide.

La différence est subtile, mais la définition de l'Académie est plus dure. Qui est Jean Dionis ? Un député. Liberticide ? C'est une accusation assez grave. Si on observe la question numéro 17472 de la 12ème législature, sur la loi de 1901 sur la liberté d'association, on pourrait dire qu'il y a une tendance à vouloir sur-légiférer : la peur exprimée est de voir les instances dirigeantes se faire renverser par des moyens retors par le membre de base. Toute cette interprétation sur une question à l'assemblée est quand même bien bancale. Examinons la transcription du récent bavardage du député avec les lecteurs du Journal Du Net (extraits choisis, en gras les questions, le texte est souligné par moi).

  • Est-ce vraiment aux acteurs du Web de faire la police sur la toile ? Ils n'ont en ce domaine aucune legitimité.
  • Il n'a jamais été question de cela. Un internaute qui découvre un site illicite est en droit de réclamer le blocage de l'accès à ce contenu à l'hébergeur qui l'abrite. Nul n'est censé ignorer la loi, c'est un grand principe républicain.

On commence donc par un mensonge, la proposition de loi dit effectivement :

Art. 43-8. - Les personnes qui assurent, même à titre gratuit, le stockage direct et permanent pour mise à disposition du public de signaux, d’écrits, d’images, de sons ou de messages de toute nature accessibles par des services de communication publique en ligne, ne peuvent voir leur responsabilité civile engagée du fait de la diffusion d’informations ou d’activités que si, dès le moment où elles ont eu la connaissance effective de leur caractère illicite, ou de faits et circonstances faisant apparaître ce caractère illicite, elles n’ont pas agi avec promptitude pour retirer ces données ou rendre l’accès à celles-ci impossible.

C'est en effet le problème de la délation : on peut dire à un agent de police qu'une voiture a grillé un feu rouge, mais aller le dire au garagiste qui est en train de réparer cette voiture pour qu'il mette un sabot en attendant le paiement de l'amende ? C'est ce qui est demandé, un flicage par les citoyens. On note ici l'argument massue : "nul n'est censé ignorer la loi"... explicité ici par un site institutionnel. La promptitude prend donc ici un caractère tout relatif, car comment être sûr du caractère illicite sans en référer aux autorités compétentes dans un grand nombre de cas ? Un MP3 d'un chanteur en ligne : existe-t'il une convention entre la France et le pays producteur concernant les droits d'auteurs ? Une transcription des propos de Dieudonné chez Fogiel : sont-ce des propos racistes ou pas ? La reproduction en est-elle autorisée ? Y'a-t'il un droit de reproduction implicite ? Où s'arrête l'exception de courte citation ? Et rappelons à M. Dionis du Séjour que tout n'est pas dans la loi, pour certains textes d'ailleurs, on ne peut rien évaluer sans les décrets d'application.

  • Les moyens logiciels ? Très bien. On connaît l'efficacité. Cela reviendrait donc à censurer les travaux mis en ligne par un universitaire relatifs au révisionnisme. Cruel paradoxe, non ?
  • Personne ne croira que le service qualité de Wanadoo, par exemple, ne saura pas faire la différence entre un travail universitaire sur le révisionnisme et un site de propagande nazie.

Eu égard à cet ingénieur en systèmes d'information comme il le dit lui même, j'oserai prononcer SYNTAX ERROR. Les travaux universitaires sur le révisionnisme sont en effet illégaux depuis 1990, voir à ce propos l'analyse d'Augustin Vidovic. Monsieur Jean Dionis du Séjour est donc ici coupable de désinformation, qui plus est concernant une loi liberticide (la loi "Fabius Gayssot").

  • En pratique, les FAI vont devenir filtreurs sans décision de justice. C'est un fâcheux précédent, vous ne trouvez pas ?
  • Je répète : les révolutionnaires de 1789 ont posé un grand principe, nul n'est censé ignorer la loi. Ce que nous avons voté ne dit pas autre chose.

Voilà, le grand retour du "nul n'est censé ignorer la loi", qu'on doit à un grand révolutionnaire : Napoléon Bonaparte, dans le Code Napoléon de 1804 (et qui est d'ailleurs le nom officiel du Code Civil, de par un décret de 1852 qui n'a pas été abrogé). Ce "nul n'est censé ignorer la loi" d'alors marquait une volonté claire que tout français puisse connaître ses droits, ce qui n'est plus le cas à l'heure actuelle. Cette mention a d'ailleurs disparu du Code Civil, laissant place à un laconique :

Article 122-3 N'est pas pénalement responsable la personne qui justifie avoir cru, par une erreur sur le droit qu'elle n'était pas en mesure d'éviter, pouvoir légitimement accomplir l'acte.

dans le Code Pénal. Cet article, au contraire du "nul n'est censé ignorer la loi", exprime que le défaut justifié de compréhension de la loi par la personne est une cause d'irresponsabilité pénale. Parlons à nouveau un peu de la LEN maintenant, et de ce fameux article 43-8 cité au-dessus. Les implications en sont à peu près claires :

  1. étant donné que vous n'êtes pas en mesure dans tous les cas de mesurer le caractère illicite des contenus qu'on vous désigne, vous en interdisez l'accès pour ne pas risquer d'être poursuivi (ne peuvent voir leur responsabilité civile engagée [...] que si [...] elles n’ont pas agi avec promptitude pour retirer ces données ou rendre l’accès à celles-ci impossible.)
  2. vous êtes vous même juge multicompétent (pénal, civil, application des peines, anti-terroriste, pour enfants...), mais dans ce cas là j'aurais personnellement des craintes à vous confier la gestion d'un datacenter.

Le troisième cas, quand le prestataire technique est notifié par la justice qu'il doit empêcher l'accès promptement à un contenu jugé illégal ne pose évidemment pas problème. Dans les deux autres cas, soit vous restreignez la liberté des hébergés qui se trouvent à la merci de la diffamation et des erreurs d'appréciations (c'est une remise en cause de la présomption d'innocence, le retrait d'un contenu d'internet est une sanction réelle). Dans le deuxième cas, vous restreignez la liberté de travail des personnes compétentes techniquement pour assumer les fonctions de prestataire technique, en les forçant à avoir une deuxième formation complète, non liée par essence à la profession visée. Ce projet de loi est liberticide et le défendre de telle façon, avec des adages issus de la révolution et dont la réalité législative est inexistante, relève du mépris vis à vis des électeurs. On croirait entendre Alain Juppé parler du bon sens. Dans le cadre de la fonction de rapporteur de loi, monsieur Dionis de Séjour mérite l'appellation de député liberticide.(Regional news, 2004/04/27 13:54) lien permanent

Commentaires ici et ailleurs :

Ma tortue a fait un “joli” post que...

[Trackback] Ma tortue a fait un “joli” post que j'aurais bien été incapable d'écrire alors je lui rends hommage. Elle est forte ma tortue :-)

Posté par , le lundi 19 janvier 2004 à 15:01 #


jeudi 22 avril 2004jeudi 22 avril 2004

Arafat nous a abandonnés

Ali Barghouthi, un des chefs des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa :

Yasser Arafat nous a obligés, vingt de mes camarades des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa et moi, à quitter la Mouqataa. [...] Arafat nous a abandonnés. C'est un crime, car nous sommes avant tout des membres du Fatah et il devrait nous protéger. Il a ainsi cédé aux injonctions d'Israël qui menaçait d'attaquer la Mouqataa. [...] A présent, nous sommes livrés à nous-mêmes et chacun essaie de trouver un abri.

Dans la famille "c'est l'hôpital qui se fout de la charité", je veux le barbu. Revendiquer des assassinats gratuits (et je ne dis pas "meurtre" à dessein), et venir après chouiner parce qu'on perd son impunité c'est un peu fort de café. Ca ne fait que mettre en lumière l'irresponsabilité de ceux qui prétendent "libérer la Palestine".(Regional news, 2004/04/22 05:36) lien permanent


mardi 20 avril 2004mardi 20 avril 2004

Dégoût...

...comme à chaque fois que je lis http://merdeinfrance.blogspot.com/, pas de lien, je ne veux pas apparaître en referer là-bas. Ce qui est dit ne serait pas mal si ça n'était pas tant excessif. La désinformation est distillée pour qu'on s'y habitue, et au milieu des faits choquants on se rend compte que c'est pareil ailleurs... On se rabattra donc plutôt sur les blogs de Pierre Carion, les-autres et navire.net, regroupés sous le nom de "La Troïka" sur Merde In France, en bon vieux relent de l'anti-communisme primaire de notre ami d'outre-atlantique?

Et pourtant, j'y reviens régulièrement à cette expression de haine brute, où chaque phrase n'est destinée qu'à conspuer des hommes et des systèmes. Et quand on tombe en accord, cela donne parfois l'envie de réagir positivement, et de dénoncer à son tour tout ce qui nous entoure et faire en sorte que cela change... jusqu'au post suivant où on réalise que toute la mauvaise foi du monde ne suffirait pas à nous amener à son niveau. D'ailleurs, change -t'il (ou t'elle, mais j'en doute) quelque chose ?

Une chose me fait sourire néanmoins, je trouve Merde In France très français dans ces réactions à l'emporte pièce et cette culture du mal-être...

Mise à jour : sur la suggestion d'Un Autre de les-autres, je mets le lien, Merde in France...(Regional news, 2004/04/20 12:07) lien permanent

Commentaires ici et ailleurs :

Pourquoi ne pas lier Merde in France ?
Il a son opinion et tu as la tienne ... Ce que je veux dire, c'est qu'en liant MiF, tu permettras à plus de personnes de se faire une opinion personnelle quant à ce bon Warcel ...

Posté par Un Autre, le mardi 24 juin 2003 à 15:52 #

J'ai surtout peur d'un retour de flamme de Warcel ^^;
Mais allons-y, j'édite le post et j'y met un lien... advienne que pourra

Posté par Damien B, le mardi 24 juin 2003 à 18:16 #

Merde in France... ça sent "l'anarchiste de droite" pour dire pudiquement les choses

Posté par Anonymous, le dimanche 27 juillet 2003 à 20:34 #


lundi 19 avril 2004lundi 19 avril 2004

Moi j'aime la LEN, mais surtout sur le dos des moutons...

J'ai honteusement recopié la page d'entrée du Glazblog, mais après tout, le mécontentement doit être exprimé. Et étant donné que de nos jours, toute grève est ressentie comme une attaque personnelle par les libertariens français, mieux vaut juste un petit panneau en entrée de site. La proposition de texte est ici. Lu dans le forum de Odebi, une lettre de Patrick Ollier (à confirmer), qui corrige le point comme quoi les e-mails sont considérés comme étant de la communication privée, même après passage de la LEN, et ceci conformément à la "Loi relative au secret des correspondances émises par la voie des télécommunications" (aller ici, et chercher en nature de texte "Loi", et en numéro de texte 91-646), dont l'article 1 du titre I est :

Le secret des correspondances émises par la voie des télécommunications est garanti par la loi.

Il ne peut être porté atteinte à ce secret que par l'autorité publique, dans les seuls cas de nécessité d'intérêt public prévus par la loi et dans les limites fixées par celle-ci.

Donc la loi peut modifier ce caractère privé, il n'y a plus qu'à attendre que la chasse aux adresses de serveurs de films en divisque soit reconnue d'intérêt public.

Mise à jour : le Glazblog a traitreusement changé sa page d'accueil pour quelque chose de moins old-school. Le problème avec JRoller ici est que tous les permaliens pointent vers cette page peu accueillante, et suffit à ennuyer les 3 pauvres hères qui atterrissent par on ne sait quel hasard ici. La page en question reste disponible ici(Regional news, 2004/04/19 04:27) lien permanent


mercredi 14 avril 2004mercredi 14 avril 2004

Comment ne pas redorer le blason du journalisme

Hier soir sur Arte passait deux "documentaires" sur l'affaire des livres de Thierry Meyssan (bien qu'il ne soit réellement fait mention que du premier). Ces petits films visent à démonter les techniques utilisées par les conspirationistes. Dans le cas de Thierry Meyssan, un des gros reproches fait est l'utilisation abusive d'internet dans ses sources, ce qui me permet au passage de citer Doc en Stock, la société qui a produit ces deux documentaires, dont le site est uniquement en flash, et donc ne mérite pas de lien. Doit-on en conclure que des gens incapables d'avoir un site web correct sont dans l'erreur dès qu'ils parlent d'internet ? Loin de moi cette idée, même si la présence de Philippe "internet c'est pour les cons" Val dans les dits documentaires ne relève pas le niveau de ce point de vue là.

L'ambition avouée de cette soirée était donc de démonter les conspirationistes, et Thierry Meyssan le premier, en démontant tous ses petits trucs et en démontrant que ce sont des affabulateurs. Malheureusement, le "travail journalistique" accomplit relève des plus savoureux passages des Petits Soldats du journalisme : la preuve par le micro trottoir, le sondage en indicateur de premier choix et surtout, recouper ses informations avec des gens qui sont en accord. Une fois toutes ces preuves en main, il est temps de prendre le ton ad hoc pour les présenter : le mépris. En effet, comment présenter celui qui croit aux balivernes des conspirationistes autrement que comme un crétin ? Pas besoin d'y mettre les formes, avec un bon micro trottoir, la démonstration est fulgurante, qui à part le dernier des imbéciles pourrait tomber dans le panneau ? D'ailleurs, les invités en plateau peuvent le confirmer : "impossible de nier l'évidence", "les gens sensibles à la théorie du complot sont ceux qui ne sont pas à l'aise avec leur être", "il faut faire preuve de bon sens".

Et Morandini ce matin applaudissait des deux mains... désolant. C'est ça le journalisme, le bon sens en action.(Regional news, 2004/04/14 19:19) lien permanent


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