Au début était le projet Xanadu de Ted Nelson (années 60) : un concept de système d'information qui dépassait l'aspect linéaire, séquentiel, des livres et autres articles. Les documents qui composaient ce système d'information sont dits prismatiques, car ils dépendent de la façon dont on les regarde pour être compris : tel le prisme qui décompose la lumière, seule la représentation change, et toutes les représentations possibles portent une part de vérité, même quand elles ont l'apparence de la contradiction. Et comment naviguer dans ces documents, dans cette connaissance ? Par l'existence de chemins qui relient les différentes idées, en créant un réseau. Ce sont ces chemins qui permettent d'aller au-delà du texte, de créer un hypertexte. Ce lien est fort, il est ancré dans l'idée, ça n'est pas une simple adresse, avec la personne à l'autre bout qui peut disparaître. D'ailleurs à la même époque, le mot link (oui, Ted est anglophone) était déjà utilisé en programmation pour les linked lists, les listes chaînées, ou la connaissance de la chaîne passe par la séquence de saut de maillon en maillon. Et un maillon isolé, non relié, n'a pas trop d'intérêt. Le lien chez Nelson est d'ailleurs connu des deux parties : le lieur et le lié.

A la fin des années 80, avec Apple HyperCard, qui permettait de faire des liens entre les cartes d'une pile (stack) apparaît "HyperLink Magazine" avec ce qui semble être la première apparition formelle du terme pour désigner les liens au sein de l'hypertexte. Car si Nelson a créé le terme hypertext, c'était bien la seule utilisation du préfixe hyper-.

Peu de temps après, ce sera la profusion d'hypertrucs avec le World Wide Web : HyperText Markup Language (HTML) et HyperText Transport Proctocol (HTTP) les deux fondations de ce qui est devenue l'utilisation quasi hégémoniaque d'internet aujourd'hui. Et il y a bien un T majuscule à HyperText, c'est dans la proposition d'origine, qui ne mentionne pas d'hyperlinks mais seulement d'hypertext links. Nelson est d'ailleurs directement cité dans les notes. Cependant, le lien de Tim Berners-Lee (et Cailiau) n'est pas tant celui de Nelson que celui d'HyperCard : une simple référence. Et la preuve la plus directe en est la première description d'HTML, sur un élément qui reste d'actualité :

Anchors

The format of an anchor is as follows: <A NAME=xxx HREF=XXX> ... </A> The text between the opening tag and the closing tag is either the start or destination (or both) of a link. Attributes of the anchor tag are as follows.
HREF
If the HREF attribute is present, the anchor is senstive text: the start of a link. If the reader selects this text, he should be presented with another document whose network address is defined by the value of the HREF attribute . The format of the network address is specified elsewhere . This allows for the form HREF=#identifier to refer to another anchor in the same document. If the anchor is in another document, the atribute is a relative name , relative to the documents address (or specified base address if any).
NAME
The attribute NAME allows the anchor to be the destination of a link. The value of the parameter is that part of a hypertext address which follows the hash sign .
TYPE
An attribute TYPE may give the relationship described by the hyertext link. The type is expressed by a string for extensibility. Strings for types with particular semantics will be registered by the W3 team. The default relationship if none other is given is void.

All attributes are optional, although one of NAME and HREF is necessary for the anchor to be useful.

On retrouve cette notion d'ancrage (anchor) des liens. L'ancre, si elle est nommée (NAME), peut être la cible d'un lien, elle permet aussi de lier une "simple" référence hypertexte (HREF).

Dans le WWW, il n'y a pas de mécanisme qui s'assure que le réseau des liens, qui seront nommés par la foule intelligente hyperliens, a cette force des maillons d'une chaîne.


Vous pouvez trouver le reste de la série sous l'article d'introduction.